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Journal d'un peintre

MERCREDI 1er SEPTEMBRE

Ainsi s'achève cet été, si tragique à bien des égards pour des milliers d'hommes et de femmes. Les grandes transformations se poursuivent, si peu comprises, hélas, par les sociétés humaines à la dérive. La France, bien sûr, n'a pas été épargnée. Les violences martiennes et uraniennes que j'avais annoncées au printemps,* ont clairement manifesté l'état délétère de la société française. Inutile de commenter ces événements que seules quelques rares revues et sites non inféodés à la dictature de la pensée unique ont parfaitement analysés.

Plus que jamais, cet été, j'ai opposé à la violence des hommes et de la nature* *courroucée, le calme serein d'un travail régulier. Volontairement retranché*** du monde, j'ai donc écrit et peint avec une régularité quasi ascétique.
Il y a plusieurs années je me suis engagé dans une passionnante aventure romanesque dont le cadre d'action se situe en un autre temps, à une époque lointaine où justement germaient tous les maux qui nous accablent aujourd'hui, mais où brillaient encore cependant la lumière des Origines. Cette époque charnière se situe à l'aube de la prétendue Renaissance qui ne fut en réalité qu'un glorieux crépuscule mêlant aux dernières et admirables synthèses, les nouveaux ferments corrupteurs des structures du monde.
Dans cette saga de longue haleine que je poursuis depuis lors, tous les acteurs m'ont été inspirés par des personnages réels. Comme Nerval, en effet, j'ai régulièrement connu l'épanchement du songe dans la vie réelle et les dernières années que j'ai vécu ont ainsi pleinement nourri mon œuvre littéraire et picturale.

* Voir sur ce site, le journal du 22 avril et celui du 17 mai.

** Et au moment où j'écris ces lignes, de terribles incendies ravagent l'Hérault.

*** A l'image de mon saint patron... dont c'est aujourd'hui la fête.

Ma vie est à l'image de ce plateau d'Enencourt que j'ai si souvent représenté dans ma peinture.
Ce plateau offre deux points de vue remarquables.
En descendant, on embrasse du regard le village et la vallée de l'Aunette au pied des collines de Trie. Comme une vue du monde et de ses tendres séductions, mais aussi de ses drames en sommeil...

En revanche, en montant, on découvre un vaste plateau s'étendant à perte de vue sous un ciel infini. Soudain face à ce vide, c'est comme une distanciation, particulièrement sensible lorsque la neige recouvre le paysage, confondant le chemin, les bermes et les champs, mêlant la marge et la voie, en une suprême unité d'effacement. C'est alors comme un saut, ailleurs... vers un dépassement...

J'ai des souvenirs particulièrement forts liés à ces deux perspectives. En contrebas, l'écho de vers envolés, lumières et costumes d'une mémorable soirée théâtrale dans une grange... Et tout en haut du plateau, des champs d'étoiles illuminant la nuit contemplées en compagnie... Autant de souvenirs, nourritures de l'âme et miel de l'œuvre...
Certes bien des acteurs sont retournés dans l'autre monde, celui de la vie ordinaire, mais parmi eux la Déesse s'était incarnée... Mais l'artiste véritable sait toujours la reconnaître sous les masques variés qu'elle aime à porter, tout comme l'homme éveillé reconnaît l'Univers de la radiance derrière les floculations de ce monde d'apparence..

C'est le rêve qui est la réalité quand la prétendue réalité de la vie n'est qu'une mortelle illusion...

JOURNAL 2010

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Je reçois parfois des messages de personnes inconnues souhaitant m'ajouter à leur liste d'amis sur Facebook. Peut-être que sous ces pseudonymes et derrière ces photos sans visages se cachent des personnes que je connais. Quoi qu'il en soit, je tiens à dire à ces personnes qu'en vérité, je ne trouve pas très excitant de devenir le 765e ou le 2384e ami d'un listing ! Comme si nous n'étions pas déjà assez numérotés* comme ça et qu'il fallût être quantifiés aussi en tant qu'amis ! En revanche, si je ne donne pas suite à ces invitaions anonymes, c'est avec joie que je répondrai personnellement à toute personne me contactant directement sous sa véritable identité par mail à l'adresse suivante : gilles@gillespeyrache.com

Enfin si une personne désire me laisser un message anonyme, elle peut utiliser le livre d'or.

* Note : on aura remarqué que je n'ai placé aucun compteur de visites sur ce site.Toutes ces listes de noms et ces compteurs relèvent de cette réduction à la quantité parfaitement insidieuse et odieuse qui gère notre époque. Et à ce sujet René Guénon a raison d'écrire que cette manie des recensements liée à la solidification du monde engendre un état de choses « dans lequel tout est compté, enregistré, réglementé, ce qui n'est d'ailleurs au fond qu'un autre genre de mécanisation » et Guénon d'ajouter en note cette remarque perspicace : « Il y aurait beaucoup à dire sur les interdictions formulées dans certaines traditions contre les recensements, sauf dans quelques cas exceptionnels ; si l'on disait que ces opérations et toutes celles de ce qu'on appelle l'État civil ont, entre autres inconvénients, celui de contribuer abréger la durée de la vie humaine, on ne serait sans doute pas cru, et pourtant dans certains pays, les paysans les plus ignorants savent fort bien, comme un fait d'expérience courante, que si l'on compte trop souvent les animaux, il en meurt beaucoup plus que si l'on s'en abstient, mais évidemment, aux yeux des modernes soi-disant éclairés, ce ne peuvent-être là que des superstitions ! » (René Guénon, le Règne de la quantité de signes des temps.)

 

Journal dun peintre
© 2010 août 2007