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LA NUIT DE NOEL
Oksana n'avait pas encore dix-sept ans et déjà dans le monde entier, ou presque, en deçà de Dikanka comme au-delà, il n'était question que d'elle. Les garçons avaient proclamé d'une seule voix qu'il n'y avait jamais eu et qu'il n'y aurait jamais au village de fille plus jolie.Oksana savait et entendait tout ce qui se disait sur elle, et elle était capricieuse comme peut l'être une beauté.
« Est-ce que ces sourcils noirs, est-ce que ces yeux, continuait la belle sans lâcher son miroir, seraient vraiment si beaux qu'ils n'auraient pas leurs pareils au monde ? Qu'est-ce qu'on peut trouver de joli à ce nez retroussé ? À ces joues ? À ces lèvres ? Est-ce que mes tresses noires sont jolies ? Brrr ! elles pourraient faire peur le soir ; on dirait de longs serpents entrelacés et enlacés autour de ma tête. Je vois bien que je ne suis pas jolie du tout ! » Puis éloignant un peu le miroir, elle s'écria : « si, je suis jolie ! Ah, que je suis jolie ! Une merveille ! Quelle joie j'apporterai à celui dont je serai la femme ! Quel plaisir mon mari aura à m'admirer ! Il en sera éperdu ! Il me dévorera de baiser ! »
La belle passa la nuit entière à se tourner et à se retourner sous sa couverture sans pouvoir s'endormir. Tantôt découvrant son ensorcelante nudité que les ténèbres voilaient même à ses propres yeux, elle se maudissait presque à voix haute ; tantôt, s'apaisant un peu, elle décidait de ne penser à rien, et continuait pourtant à penser à lui. Et elle brûlait tout entière, et, comme le jour commençait à poindre, elle était éperdument éprise du forgeron.
Nicolas Gogol
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| La Nuit de Noël |
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| © 2010 août 2007 |