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(La Luthiste, tableau virtuel) LA MUSIQUE & LA MELANCOLIE La musique a été depuis la plus haute Antiquité associée à l'humeur mélancolique. Soranus d'éphèse écrivait : « la musique congestionne la tête -- dans certains cas, il est attesté qu'elle provoque la folie : quand les inspirés chantent leurs prophéties, ils paraissent comme possédé par le dieu. » Le grand médecin Claude Galien, qui a rédigé au IIe siècle un traité entièrement consacré à la bile noire, nous explique la mélancolie est une des quatre humeurs physiologiques régissant l'organisme et engendrant les quatre tempéraments. La bile noire dont le siège est dans la rate, engendre l'humeur noire. Et très tôt la mélancolie fut associée aux arts et plus spécifiquement la musique. (Le piano noir, aquarelle) Dans son traité de la divination, Aristote note que les mélancoliques ont fortement tendance « à suivre leur imagination ». Mais l'imagination est à double tranchant : on peut aussi bien broyer du noir que tomber dans une extase béatifique. La musique reflète cette dualité : elle peut tout autant engendrer la folie que la guérir. On lit en effet dans le livre de Samuel : « lorsque l'esprit de Dieu était sur Saül, David prenait la harpe dans sa main ; Saül respirait alors plus à l'aise et se trouver soulagé, le mauvais esprit se retirait de lui. »
De même la douleur exprimée par le truchement de la voix et des intervalles musicaux se libère d'elle-même et délivre, tel un soupir celui qui s'y adonne. Au Moyen Âge, le moine pour chasser la bile noire et ténébreuse, chante. On a vu comment Aristote établissait un lien entre le génie et la mélancolie. Cette idée rencontre à partir du XVe siècle un succès grandissant auprès des élites intellectuelles. Les traductions de Platon de Leonardo Bruni diffusées à partir de 1405, favorisent cette vision positive de la mélancolie. La renaissance sera l'âge d'or de la mélancolie, particulièrement à travers la figure du philosophe italien Marcile Ficin. Pour lui, le philosophe, sous l'influence de la planète Saturne qui gouverne la mélancolie peut accéder jusqu'à la compréhension des choses les plus élevés. Ficin est aussi un musicien autodidacte et il prône la valeur thérapeutique de l'art : pour lui la musique module les états de l'âme.
(Au piano, eau-forte et aquatinte) Il est une figure de style qu'on nomme oxymore et qui associe une chose et son contraire, comme une glace brûlante, une lumière noire ou une tristesse heureuse. L'oxymore est justement la figure par excellence du baroque. La mélancolie baroque se place sous le signe de cette contradiction, chassée par les théologiens et les médecins comme une humeur néfaste, elle n'en est pas moins omniprésente dans la musique et devient même le terreau sans lequel tout dépassement de soi et tout art ne pourrait exister. Elle atteint même une aussi forte et puissante nature que celles de Haendel.
(Portrait au piano noir, huile sur carton toilé) Jamais, avez-vous dit, tandis qu'autour de nous résonnait de Schubert la plaintive musique... écrit Alfred de Musset en 1839 dans son poème Jamais. (Le piano blanc, lavis à l'encre sepia) (Hommage à Nadejda Purgold, épouse Rimsky-Korsakov, tableau virtuel)
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| © 2010 août 2007 |